Information sur la distillerie :
Fiche technique :
| Nom : | Macaloney's Island Distillery Peat Project Harvest Coast |
|---|---|
| Spiritieux : | Whisky écossais |
| Type : | Single Malt |
| Pays : | Canada |
| Région : | Colombie-Britannique |
| Distillerie : | Macaloney's Island |
| Producteur : | Macaloney |
| Classification : | Sans mention d'âge |
| Degré d'alcool : | 50% |
| Tourbé : | Tourbé et fumé |
| Fûts : | fûts de bourbon, de chêne américain neuf, d'Oloroso, de Pedro Ximénez et de vin rouge portugais |
| Prix : | 75 à 125$ |
| Coloration : | Sans colorant |
| Filtration : | Non filtré à froid |
Il arrive parfois qu’un whisky déjoue complètement nos attentes. Avant même de porter le verre aux lèvres, on croit déjà savoir dans quelle direction l’expérience va nous mener. Puis, dès les premières secondes, tout bascule. C’est exactement ce qui s’est produit avec le Macaloney’s Island Distillery Peat Project Harvest Coast.
Nous connaissions la réputation de cette jeune distillerie de Colombie-Britannique et nous savions qu’elle s’inspirait largement des méthodes écossaises de production du single malt. Mais nous ne nous attendions pas à découvrir un whisky aussi expressif, aussi fumé, aussi généreux et surtout aussi différent de l’image que nous nous faisons habituellement du whisky canadien. Ici, oubliez les grands assemblages dominés par le maïs ou le seigle. Nous sommes devant un whisky élaboré à partir de 100% d’orge maltée, distillé dans des alambics écossais et construit autour d’un projet expérimental visant à explorer l’influence de différentes sources de tourbe.
Dès le premier nez, une chose devient évidente : ce Harvest Coast possède une véritable personnalité.
Une distillerie canadienne aux profondes racines écossaises
Macaloney’s Island Distillery est située sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique. Son fondateur, Graham Macaloney, est lui-même d’origine écossaise et a voulu transposer au Canada une approche de production fortement inspirée du whisky écossais.
Cette influence se retrouve jusque dans l’équipement. La distillerie utilise notamment des alambics en cuivre provenant de Forsyths, l’un des fabricants les plus reconnus de l’industrie écossaise. L’objectif était clair : produire au Canada un single malt selon une philosophie et des méthodes très proches de celles employées en Écosse, tout en laissant le terroir de la côte pacifique apporter sa propre identité.
Le climat maritime de l’île de Vancouver joue évidemment un rôle important dans cette démarche. Nous sommes sur la côte du Pacifique, dans un environnement où l’humidité, les embruns marins et la proximité de l’océan font partie intégrante du paysage. Cette dimension se retrouvera d’ailleurs étonnamment bien dans notre verre.
La distillerie a également beaucoup fait parler d’elle en raison d’un différend avec la Scotch Whisky Association au sujet de son ancienne appellation, Macaloney’s Caledonian Distillery. Après un règlement, la maison a adopté en 2022 le nom Macaloney’s Island Distillery.
Mais ce sont surtout ses expérimentations autour de la tourbe qui nous intéressent aujourd’hui.
Le Peat Project : explorer la tourbe autrement
Le Peat Project porte particulièrement bien son nom. Il s’agit d’un programme expérimental consacré à l’étude de différentes sources de tourbe et à leur influence sur le profil aromatique du whisky.
Pour cette expression, la distillerie utilise un assemblage de tourbes provenant de plusieurs régions, notamment de Colombie-Britannique, de l’État de Washington et d’Islay. Cette approche est particulièrement intéressante parce que toutes les tourbes ne se ressemblent pas. La composition végétale d’une tourbière dépend de son environnement. Une tourbe provenant d’une région côtière dominée par les algues et les matières marines ne donnera pas nécessairement la même fumée qu’une tourbe issue d’un environnement forestier où se décomposent conifères, bois francs, mousses et autres végétaux.
C’est précisément ce que nous allons constater dans le Harvest Coast. Nous retrouvons bien certains repères connus des amateurs de whiskys tourbés, mais avec une expression de la fumée sensiblement différente : plus boisée, plus forestière, plus organique et presque typiquement nord-américaine dans son caractère.
Une maturation particulièrement ambitieuse
Le travail expérimental ne s’arrête pas à la tourbe. La maturation du Harvest Coast fait également appel à une impressionnante variété de fûts.
Le whisky intègre notamment l’influence de fûts de bourbon du Kentucky, de chêne américain neuf, de xérès Oloroso, de Pedro Ximénez ainsi que de barriques de vin rouge portugais. Voilà beaucoup d’influences différentes dans un seul assemblage et, sur papier, l’exercice pourrait facilement devenir chaotique. Pourtant, dans le verre, les différentes composantes réussissent étonnamment bien à cohabiter.
Le whisky est embouteillé à 50% d’alcool, sans coloration ajoutée et sans filtration à froid. Aucune mention d’âge n’apparaît sur la bouteille. Au moment de notre émission, il était offert autour de 85,50$ à la Société des Alcools du Québec, un prix particulièrement intéressant compte tenu des spécifications et de l’originalité du produit.
Une robe sombre et chaleureuse
Visuellement, le Harvest Coast annonce déjà la richesse de sa maturation. La couleur est chaude, profonde et cuivrée. Nous sommes presque dans un cuivre foncé, vraisemblablement influencé par la combinaison des fûts de xérès, du Pedro Ximénez et du vin rouge.
La limpidité est belle et, après quelques mouvements dans le verre, de grosses larmes commencent à descendre lentement le long des parois. La viscosité nous apparaît légèrement au-dessus de la moyenne. Tout indique que la bouche risque d’être généreuse. Mais avant même que nous ayons terminé notre analyse visuelle, les parfums commencent déjà à s’échapper du verre.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes.
Au nez : fumée de bois, fruits noirs et embruns
La première impression est saisissante. Le fruit apparaît rapidement, suivi presque immédiatement par la fumée, puis par un caractère maritime. Les différentes dimensions du whisky semblent se présenter successivement en quelques secondes.
La fumée est particulièrement marquée, mais il ne s’agit pas nécessairement de celle que nous associons spontanément aux grands whiskys d’Islay. Ici, nous sommes davantage dans le bois qui brûle. L’image qui nous vient est celle d’un feu de bois franc, presque d’érable. Puis surgit une association encore plus particulière : celle du saumon fumé au bois d’érable. La comparaison peut sembler inhabituelle, mais elle traduit parfaitement cette fumée à la fois boisée, gourmande et légèrement grasse qui accompagne le whisky.
Les fruits arrivent ensuite. Des fruits plus sombres et plus riches, rappelant les raisins secs, les fruits noirs et certaines influences du xérès. Le plus impressionnant est que la fumée ne détruit jamais complètement le fruit. Les deux cohabitent. La fumée domine légèrement, mais les fruits parviennent constamment à se frayer un chemin.
Puis apparaît cette dimension maritime : une pointe saline, une touche légèrement médicinale et antiseptique et un caractère côtier qui pourrait rappeler certains whiskys tourbés écossais, sans toutefois les copier directement.
C’est à cet instant que nous comprenons que ce whisky possède véritablement sa propre identité.
Une tourbe qui évoque la forêt canadienne
Ce qui nous impressionne surtout est la nature de la fumée. Dans certains whiskys d’Islay, la tourbe évoque les algues, l’iode, le goudron ou encore les médicaments. Ici, le registre est différent.
La tourbe nous transporte beaucoup plus naturellement dans une forêt canadienne. Nous imaginons des conifères, du bois franc, de l’écorce, des champignons, de la terre humide et un feu de camp dans un environnement forestier. Il y a quelque chose de très organique dans cette fumée. Elle n’est pas seulement empyreumatique, elle semble presque végétale.
Cette différence est probablement l’une des caractéristiques les plus intéressantes du Harvest Coast. Il ne tente pas simplement de reproduire un whisky tourbé écossais. Il utilise plutôt certaines méthodes écossaises pour exprimer un environnement différent. Et c’est exactement ce que l’on souhaite retrouver dans un whisky possédant une identité locale.
En bouche : douceur, fumée et étonnante générosité
La première gorgée provoque immédiatement la surprise. Malgré ses 50% d’alcool, le whisky demeure remarquablement doux. Le fruit et une légère sensation sucrée apparaissent rapidement, accompagnés de cette fumée boisée déjà observée au nez. Le miel fait une apparition discrète, puis viennent les notes végétales et terreuses.
L’expérience nous fait penser à certains thés : un thé noir fumé, un pu-erh avec ses notes de terre ou encore certains oolongs plus boisés. Nous retrouvons presque l’impression d’une infusion faite à partir d’écorce, de conifères et de plantes sauvages. Cette analogie avec le thé traduit bien la complexité végétale du whisky.
Le boisé demeure présent, mais sans devenir agressif. L’astringence reste faible et une petite chaleur poivrée apparaît progressivement en préfinale, mais l’alcool n’est jamais brutal. Le whisky possède beaucoup de matière et beaucoup d’ampleur. Les saveurs sont intenses, mais cette intensité vient davantage de la richesse aromatique que de la puissance alcoolique.
Le fruit revient progressivement
Après quelques instants, la fumée et les notes organiques commencent à perdre légèrement de leur domination et le fruit réapparaît. On retrouve alors les raisins, les fruits noirs et les fruits séchés. Cette douceur vient presque « sucrer » les notes de thé, de bois et de tourbe.
La dimension saline demeure également présente, et c’est ici que le climat côtier de l’île de Vancouver semble véritablement s’exprimer. Nous retrouvons quelque chose qui rappelle l’océan. Non pas au point de transformer le whisky en expression typiquement maritime d’Islay, mais suffisamment pour nous rappeler que nous sommes sur une île, au bord du Pacifique.
À l’aveugle, nous aurions probablement pu penser à un whisky écossais, mais nous aurions eu beaucoup plus de difficulté à identifier précisément la région. Et certainement encore davantage à deviner qu’il s’agissait d’un whisky canadien.
Une finale longue et persistante
La finale constitue l’un des grands points forts du Harvest Coast. Elle est longue et les saveurs persistent énormément. La fumée demeure, le boisé également, puis les fruits reviennent par vagues.
La douceur rappelle par moments celle que l’on retrouve dans certains vins fortifiés : une sensation sucrée qui demeure longtemps en bouche sans devenir lourde. Une légère salinité prolonge aussi l’expérience et, malgré cette longueur, le whisky conserve une étonnante douceur.
Le niveau de tourbe annoncé autour de 54 PPM pourrait laisser croire à une expression extrêmement agressive. Ce n’est pourtant pas le cas. La fumée est évidemment importante, mais elle est remarquablement bien intégrée. Elle participe à l’expérience au lieu de l’écraser.
Une très grande surprise canadienne
Nous devons l’admettre : nous ne nous attendions pas à vivre une expérience aussi convaincante. Notre relation avec le whisky canadien a souvent été compliquée, principalement parce que nous sommes moins attirés par les profils dominés par le seigle. Mais avec le Harvest Coast, nous sommes dans un univers complètement différent.
Un single malt, une distillation inspirée de l’Écosse, une approche expérimentale de la tourbe, une maturation ambitieuse et surtout un whisky qui réussit à exprimer quelque chose de profondément différent. La fumée de bois, la forêt, les fruits noirs et le caractère maritime forment un ensemble que nous avons trouvé particulièrement harmonieux.
Le projet devient d’autant plus intéressant qu’il est évolutif. Le Peat Project est justement conçu pour expérimenter avec différentes sources de tourbe. Les prochaines éditions pourraient donc présenter des profils sensiblement différents. C’est ce qui rend cette bouteille particulière : elle représente un moment précis dans l’évolution du projet.
Une première impression mémorable
Certains whiskys demandent plusieurs dégustations avant de révéler leur véritable personnalité. Le Macaloney’s Peat Project Harvest Coast, lui, nous a convaincus presque immédiatement.
Il est fumé, mais pas uniquement fumé. Il est fruité, sans devenir confituré. Il possède un caractère maritime, mais sans imiter directement Islay. Il est boisé et organique, tout en conservant une remarquable douceur. Et surtout, il possède une identité.
À environ 85 $, avec un embouteillage à 50 %, sans filtration à froid et sans coloration artificielle, la proposition nous apparaît particulièrement solide. Pour l’amateur de whisky tourbé qui souhaite sortir des sentiers battus et découvrir une interprétation nord-américaine du single malt fumé, ce Peat Project mérite assurément l’attention.
Notre première impression? Une véritable surprise, et probablement l’une des plus belles démonstrations que le whisky canadien peut lui aussi utiliser les codes du single malt traditionnel pour raconter une histoire qui lui appartient.
Une histoire de tourbe, de forêt, de fruits et de Pacifique — racontée avec un accent résolument canadien.