Information sur la distillerie :
Fiche technique :
| Nom : | Lochlea Our Barley |
|---|---|
| Spiritieux : | Whisky écossais |
| Type : | Single Malt |
| Pays : | Écosse |
| Région : | Lowlands |
| Distillerie : | Lochlea |
| Producteur : | Lochlea Distillery |
| Classification : | Sans mention d'âge |
| Degré d'alcool : | 46% |
| Tourbé : | Non tourbé ni fumé |
| Fûts : | Fûts de bourbon, fûts de xérès Oloroso et barriques STR |
| Prix : | 75 à 125$ |
| Coloration : | Sans colorant |
| Filtration : | Non filtré à froid |
Il y a des régions écossaises qui nous attirent spontanément plus que d’autres. Les Highlands, Islay, Campbeltown ou encore les îles ont souvent cette capacité à éveiller immédiatement notre curiosité. Les Lowlands, de notre côté, ont toujours occupé une place un peu plus discrète dans notre parcours d’amateurs.Non pas par manque d’intérêt, mais simplement parce que, jusqu’à maintenant, nous avions rarement rencontré un whisky des Lowlands capable de réellement nous marquer. Avec le Lochlea Our Barley, nous avions toutefois un bon pressentiment.
Cette jeune distillerie située dans l’Ayrshire propose une approche qui nous interpelle particulièrement : une philosophie profondément agricole, centrée sur la production locale de l’orge et sur une idée simple, mais séduisante, celle du champ au verre. Et lorsque l’on ajoute à cela un assemblage de trois types de fûts, une présentation à 46 % d’alcool, sans filtration à froid ni coloration artificielle, tout indique qu’il y a matière à s’y attarder sérieusement. La question devient donc simple : ce Lochlea Our Barley allait-il enfin devenir cette belle découverte des Lowlands que nous attendions depuis longtemps?
Lochlea : une jeune distillerie ancrée dans son terroir
La distillerie Lochlea est située dans l’Ayrshire, au sud de Glasgow, dans la région des Lowlands. Il s’agit d’une distillerie particulièrement récente, puisque sa production a débuté en 2018. Malgré sa jeunesse, Lochlea s’est rapidement construit une identité bien définie autour de son environnement agricole. La distillerie est intégrée à une véritable exploitation et cultive elle-même une part essentielle de sa matière première. Cette approche lui permet de mettre en avant une philosophie de production que l’on pourrait résumer par l’expression de la ferme à la bouteille. Autour de la distillerie se trouvent les terres agricoles qui fournissent l’orge utilisée dans ses whiskys. Cette démarche nous rappelle évidemment certaines distilleries qui cherchent elles aussi à réduire la distance entre le champ et le spiritueux, notamment Kilchoman sur Islay.
Ce qui rend la démarche de Lochlea particulièrement intéressante, c’est qu’elle ajoute la dimension agricole au défi déjà considérable que représente la création d’une nouvelle distillerie.Produire du whisky demande énormément de capitaux, de temps et de patience. Ajouter à cela la gestion des terres, la culture de l’orge et les aléas agricoles augmente forcément le niveau de difficulté. Mais cette approche permet également à Lochlea de contrôler davantage sa matière première et, éventuellement, de développer une identité directement liée à son environnement. Et dans une industrie où l’on parle énormément de fûts et de maturation, il est particulièrement intéressant de voir certaines jeunes distilleries remettre l’orge au centre de la discussion.
Une fiche technique qui inspire confiance
Le Lochlea Our Barley est un whisky sans mention d’âge. Il est embouteillé à 46 % d’alcool, sans coloration artificielle et sans filtration à froid. Voilà déjà trois éléments que nous apprécions particulièrement. Mais ce qui rend cet embouteillage encore plus intéressant est son assemblage de trois types de fûts :
- des fûts de bourbon de premier remplissage;
- des fûts de xérès Oloroso de premier remplissage;
- des fûts STR.
Les fûts STR — pour Shaved, Toasted and Re-charred — sont des fûts de vin qui ont été retravaillés. Une partie de la surface intérieure est retirée, puis le bois est chauffé et carbonisé de nouveau afin de modifier son interaction avec le whisky. Cette technique permet notamment de redonner de l’activité au bois et d’apporter de nouvelles dimensions aromatiques. Sur papier, l’association bourbon, Oloroso et STR promet donc une belle variété d’influences : vanille, fruits, épices, richesse du bois et rondeur.Au moment de notre dégustation, le Lochlea Our Barley se détaillait autour de 84 $ à la SAQ, ce qui le plaçait dans une catégorie de prix assez raisonnable pour un whisky présenté avec de telles spécifications. Restait maintenant à voir si le contenu du verre suivait.
Une robe profonde et chaleureuse
Premier constat visuel : le Lochlea Our Barley possède une couleur étonnamment soutenue. Nous sommes loin du jaune très pâle que l’on associe parfois aux jeunes whiskys. Ici, la robe est plus profonde. Un jaune automnal, vivant, légèrement sombre, qui donne immédiatement une impression de chaleur. L’influence combinée des fûts Oloroso et STR semble probablement jouer un rôle important dans cette couleur naturelle. Lorsque l’on fait tourner le whisky dans le verre, de larges gouttes apparaissent rapidement sur les parois. Les larmes sont épaisses. Elles s’accrochent au verre avant de descendre progressivement. Visuellement, tout laisse penser que nous allons retrouver une certaine richesse de texture en bouche. Mais c’est surtout lorsque le verre approche du nez que l’expérience devient réellement intéressante.
Au nez : le verger rencontre le champ d’orge
Le premier mot qui nous vient est simple : fruit. Beaucoup de fruit. Des pommes, des poires, des fruits de verger frais et mûrs. L’intensité est étonnante. Le profil est tellement fruité qu’il évoque presque, par moments, une gomme à mâcher aux fruits ou certains bonbons particulièrement aromatiques. Mais il ne faut pas interpréter cette comparaison comme quelque chose d’artificiel. Il s’agit plutôt de cette impression de concentration aromatique que peuvent procurer certains fruits très mûrs ou certaines confiseries fruitées. La vanille enveloppe ensuite l’ensemble et ajoute une belle douceur.
Puis apparaît un élément qui nous interpelle particulièrement : la céréale. Elle est réellement présente. On retrouve cette odeur de grain chaud que l’on peut parfois percevoir lors d’une visite de distillerie, lorsque l’on ouvre une cuve de fermentation. Il y a presque quelque chose qui rappelle le gruau chaud. La céréale apporte une dimension très organique au whisky et fait le lien avec cette philosophie agricole que Lochlea cherche justement à mettre de l’avant. Nous avons alors l’impression de nous trouver quelque part entre un champ d’orge et un verger. La brise transporte à la fois la céréale, les pommes et les poires. Le résultat est doux, gourmand, sucré et extrêmement séduisant. À ce stade de la dégustation, une question s’impose presque naturellement : Avons-nous enfin trouvé notre whisky des Lowlands? Le nez, en tout cas, nous donne vraiment envie d’y croire.
En bouche : douceur, fruits et influence du bois
La première gorgée confirme immédiatement une chose : le Lochlea Our Barley est un whisky très doux. On retrouve rapidement les caractéristiques que l’on associe au bourbon : vanille, douceur, fruit et une légère astringence provenant du bois. La texture est agréable, mais peut-être un peu moins sirupeuse que ce que l’analyse visuelle nous avait laissé imaginer. Le fruit demeure présent, notamment la pomme et la poire, mais avec moins d’intensité qu’au nez. C’est probablement la principale différence entre les deux étapes de la dégustation. Au nez, les fruits étaient explosifs.
En bouche, ils deviennent plus discrets et doivent partager l’espace avec les épices et le bois. Une chaleur apparaît ensuite. Elle ne provient pas véritablement des 46 % d’alcool. Il s’agit plutôt d’une chaleur liée aux épices du bois. Un poivre très léger. Des épices douces. Une sensation réconfortante qui vient accompagner les fruits et la vanille. Les trois types de fûts semblent ici jouer un rôle important. Le bourbon apporte la vanille et la douceur. L’Oloroso et le STR ajoutent davantage de structure, d’épices et de sécheresse. Le whisky conserve néanmoins le caractère généralement léger que l’on associe aux Lowlands. Nous ne sommes pas devant une bombe aromatique ou un whisky brutal. Tout est relativement doux, mesuré et accessible. Mais contrairement à certaines expériences précédentes avec des whiskys des Lowlands, celui-ci ne nous laisse pas indifférents. Il possède davantage de rondeur et surtout beaucoup plus de présence en bouche.
Une expérience autant tactile que gustative
L’un des éléments les plus intéressants du Lochlea Our Barley est sa dimension sensorielle. Le whisky possède une belle ampleur. Il enveloppe la bouche. Une légère astringence apparaît progressivement, accompagnée d’une sensation boisée qui demeure toutefois très douce. Le terme velouté décrit assez bien l’expérience. Et pourtant, il reste une petite frustration. Nous aurions aimé retrouver en bouche toute l’intensité fruitée observée au nez. Les pommes et les poires sont bien présentes, mais elles n’occupent plus l’espace avec la même générosité. Le bois et les épices prennent davantage le relais. Cela crée un whisky intéressant sur le plan tactile, mais un peu moins expressif sur le plan purement gustatif. En quelque sorte, le Lochlea Our Barley se trouve à mi-chemin entre l’influence du distillat et celle des fûts. Le distillat apporte ce caractère fruité et céréalier. Les fûts apportent l’épice, la structure, l’astringence et cette légère sécheresse. Et c’est précisément cette combinaison qui définit la bouche.
Une finale longue, douce et épicée
La finale possède une belle longueur. Les fruits persistent légèrement, mais ce sont surtout les épices et la texture boisée qui demeurent. Une légère sécheresse apparaît sur la langue. Encore une fois, elle n’est jamais agressive. L’astringence reste fine et contribue plutôt à donner une certaine structure à l’ensemble. La chaleur persiste également, toujours sous cette forme épicée plutôt qu’alcoolisée. Le résultat est agréable et équilibré. Nous aurions simplement aimé retrouver une dernière poussée de fruits pour reconnecter davantage la finale avec ce nez particulièrement séduisant. Mais l’expérience demeure très plaisante.
Un whisky qui réconcilie avec les Lowlands?
C’est probablement là la grande question de cette dégustation. Et la réponse est plutôt positive. Le Lochlea Our Barley nous a offert l’une des expériences les plus intéressantes que nous ayons eues avec un whisky des Lowlands. Il conserve cette douceur et cette accessibilité que l’on associe à la région, mais il ajoute davantage de matière, de fruits et de structure. Son nez constitue clairement le point fort de l’expérience. Les fruits du verger, la vanille, la céréale et cette impression de champ d’orge chaud créent un profil olfactif vraiment séduisant. En bouche, le whisky demeure très bon, même si nous aurions aimé retrouver un peu plus de cette intensité fruitée. Ce n’est toutefois pas une faiblesse majeure. À environ 85 $, avec ses 46 %, son absence de filtration à froid, sa couleur naturelle et son assemblage de trois types de fûts, le rapport qualité-prix nous apparaît particulièrement intéressant.
Une première impression encourageante
Lochlea est encore une jeune distillerie. Et c’est peut-être ce qui rend cette dégustation encore plus intéressante. Le Our Barley représente en quelque sorte le cœur de sa gamme actuelle et nous donne déjà une bonne idée de la direction que la maison souhaite emprunter. Nous retrouvons un distillat fruité et céréalier, une volonté claire de mettre l’orge locale en valeur et une maturation qui apporte suffisamment de caractère sans complètement masquer le spiritueux. Notre première impression est donc très positive.
Le nez nous a particulièrement séduits. La bouche nous a offert une expérience plus tactile, plus épicée et plus structurée. Et même si nous aurions aimé retrouver un peu plus de fruit dans la seconde moitié de la dégustation, l’ensemble demeure cohérent, agréable et très facile à apprécier. Surtout, ce Lochlea Our Barley nous donne envie de suivre l’évolution de la distillerie. Car si une maison aussi jeune réussit déjà à proposer un whisky aussi équilibré et intéressant, il sera fascinant de voir ce que quelques années supplémentaires de maturation pourront apporter. Pour nous, cette bouteille représente donc plus qu’une simple première impression. Elle constitue peut-être aussi le début d’une réconciliation avec les whiskys des Lowlands.