Information sur la distillerie :
Fiche technique :
| Nom : | Nikka Whisky Single Malt Yoichi |
|---|---|
| Spiritieux : | Whisky écossais |
| Type : | Single Malt |
| Pays : | Japon |
| Région : | Hokkaido |
| Distillerie : | Yoichi Distillery |
| Producteur : | Nikka Whisky Distilling Co. Ltd. |
| Classification : | Âge indéterminé |
| Degré d'alcool : | 45% |
| Tourbé : | Tourbé et fumé |
| Fûts : | Fûts de chênes américains et de xérès Oloroso |
| Prix : | 75$ à 125$ |
| Coloration : | Sans colorant |
| Filtration : | Non filtré à froid |
Impossible de parler de Yoichi sans évoquer Masataka Taketsuru, figure fondatrice du whisky japonais. Chimiste de formation, Taketsuru part étudier en Écosse à partir de 1918, où il apprend les méthodes traditionnelles de fabrication du whisky au cœur même des distilleries écossaises. À son retour au Japon, il participe à la création de la première distillerie japonaise, Yamazaki, avant de voler de ses propres ailes au début des années 1930.
C’est sur l’île d’Hokkaidō, au nord du Japon, que Taketsuru fonde la distillerie Yoichi. Son choix n’est pas anodin : climat froid, hivers rigoureux, proximité immédiate de la mer et eau de source issue de la fonte des neiges. Pour lui, Yoichi offre les conditions naturelles les plus proches de celles de l’Écosse — un environnement idéal pour produire un whisky de caractère.
Mais Taketsuru ne se contente pas d’imiter l’Écosse. Il veut produire, au Japon, le plus écossais des whiskys japonais, tout en y insufflant une rigueur et une précision propres à la culture japonaise.
Une distillerie à part : tradition et radicalité
La distillerie Yoichi se distingue par des choix techniques aujourd’hui extrêmement rares. Les alambics y sont chauffés au charbon, à feu direct, une méthode abandonnée par la majorité des distilleries modernes en raison de sa complexité et des risques qu’elle comporte. Cette chauffe artisanale exige une surveillance constante, car la température est difficile à contrôler et peut entraîner des brûlures ou des saveurs indésirables si elle est mal maîtrisée.
Les alambics eux-mêmes sont petits, trapus, avec un col court, favorisant des vapeurs lourdes et huileuses. L’objectif est clair : produire un distillat riche, texturé, avec du corps — à contre-courant du style japonais souvent perçu comme délicat, aérien et minimaliste.
À Yoichi, on ne cherche pas la légèreté. On cherche la densité, la matière, la personnalité.
Présentation globale du Nikka Single Malt Yoichi
Le Nikka Single Malt Yoichi est embouteillé à 45 % d’alcool, sans filtration à froid. La présence éventuelle de colorant n’est pas indiquée, ce qui laisse supposer qu’un ajustement visuel pourrait avoir été effectué. Le whisky est principalement vieilli en fûts de chêne américain, dont une partie a été préalablement assaisonnée au xérès, apportant une légère teinte et une complexité aromatique subtile.
Autre particularité qui surprend parfois les amateurs : le bouchon est à vis, et non en liège. Un détail qui peut susciter des préjugés, mais qui s’explique par des considérations très pragmatiques de conservation. Les bouchons à vis modernes offrent aujourd’hui une étanchéité souvent supérieure aux lièges de qualité variable, assurant une meilleure stabilité du whisky dans le temps.
Disponible autour de 95 $ à la Société des Alcools du Québec, le Yoichi sans mention d’âge se positionne comme une porte d’entrée sérieuse et crédible dans l’univers du whisky japonais.
Analyse visuelle : sobriété et limpidité
Dans le verre, le Yoichi présente une robe dorée à cuivrée claire, très limpide. La couleur n’est pas spectaculaire, mais elle est élégante, cohérente avec le style annoncé. En faisant tourner le verre, on observe une belle viscosité : le whisky adhère aux parois, les larmes apparaissent lentement, espacées, demandant patience et attention.
Rien ici de démonstratif. Tout est dans la retenue — une retenue typiquement japonaise, qui contraste déjà avec ce que le nez s’apprête à révéler.
Le nez : fumée, fruits et souvenirs
Dès la première approche du nez, la surprise est immédiate. La fumée est la première à s’exprimer, plus présente que prévu pour un whisky japonais. Mais il ne s’agit pas d’une fumée médicinale ou tourbée à la manière d’Islay. Ici, la fumée est sèche, légèrement sucrée, presque gourmande.
Rapidement, elle laisse place à un bouquet fruité : poire, pomme, fruits blancs. Des notes de vanille et de caramel émergent ensuite, rappelant l’influence du chêne américain. L’ensemble évoque une tarte aux pommes ou aux poires sortant du four, avec les rebords légèrement brûlés — une image qui revient souvent dans la dégustation.
Les épices sont douces, discrètes : gingembre, cannelle, peut-être une pointe florale. Rien n’agresse, rien ne domine. Le nez est accueillant, presque nostalgique, et évoque des souvenirs d’enfance, de cuisine au poêle à bois, de maisons de campagne chauffées au feu direct.
La bouche : puissance maîtrisée et texture généreuse
En bouche, le Yoichi surprend par son attaque franche et affirmée. Le caractère est bien là. On comprend immédiatement la volonté de Taketsuru de produire un whisky avec du corps, loin de certaines expressions japonaises plus éthérées.
La texture est huileuse, ample, presque enveloppante. Le whisky tapisse la bouche, sans lourdeur, mais avec une réelle présence. La fumée est toujours là, mais elle ne domine jamais le fruit. Au contraire, ce sont les notes fruitées et gourmandes qui prennent le rôle principal, soutenues par une base fumée et légèrement grillée.
La chauffe au charbon se manifeste subtilement par des notes toastées, presque grillées, qui ajoutent une profondeur supplémentaire. Le tout est équilibré par une fraîcheur surprenante, qui empêche le whisky de devenir pesant.
Une complexité toute en nuances
Plus la dégustation avance, plus le Yoichi révèle sa complexité. Le sucre des fruits cuits, la vanille, le caramel, la fumée sèche et les épices douces cohabitent harmonieusement. L’alcool est parfaitement intégré, apportant de la structure sans jamais brûler.
Un élément clé ressort progressivement : la salinité. En fin de bouche, le caractère côtier de la distillerie s’impose. Les embruns marins, la proximité de la mer et l’air salin d’Hokkaidō se traduisent par une hypersalivation marquée, qui prolonge l’expérience et appelle naturellement une autre gorgée.
La finale : longue, saline et persistante
La finale du Nikka Yoichi est longue et persistante. La fumée s’estompe lentement, laissant place à une sensation saline durable, accompagnée d’échos de fruits et de pâtisserie. L’image de la tarte aux pommes légèrement brûlée revient encore, enrichie cette fois par le souvenir du bois qui crépite dans le four.
C’est une finale chaleureuse, réconfortante, mais aussi structurée, qui confirme le statut du Yoichi comme un whisky de caractère.
Verdict : une redécouverte marquante
Ce qui frappe le plus dans cette Première impression, c’est la position unique du Yoichi dans le paysage des whiskys. Il se situe quelque part entre l’Écosse et l’Irlande. Plus robuste et fumé que bien des whiskys japonais, mais plus précis, plus contrôlé et plus fin que de nombreux single malts écossais de même gamme de prix.
Il ne cherche pas à imiter Islay, mais il n’en est jamais très loin. Il ne renie pas l’identité japonaise, mais il assume pleinement son héritage écossais.
Le Nikka Single Malt Yoichi s’impose comme une excellente surprise — voire une redécouverte majeure. À 95 $, il offre une complexité, une texture et une personnalité qui rivalisent sans difficulté avec de nombreux whiskys écossais plus dispendieux.
C’est un whisky chaleureux, savoureux, structuré, qui combine finesse et caractère. Une porte d’entrée idéale dans l’univers du whisky japonais, mais aussi une bouteille qui saura séduire les amateurs de single malts écossais en quête de nouveauté.
Une chose est certaine : cette Première impression a laissé une trace durable. Le Yoichi mérite amplement sa place sur les tablettes… et dans les verres.