Information sur la distillerie :
Fiche technique :
| Nom : | Ardnamurchan AD/10 ans |
|---|---|
| Spiritieux : | Whisky écossais |
| Type : | Single Malt |
| Pays : | Écosse |
| Région : | Highlands |
| Distillerie : | Ardnamurchan |
| Producteur : | Adelphi Distillery Limited |
| Classification : | 8 ans |
| Degré d'alcool : | 46,8% |
| Tourbé : | Tourbé et fumé |
| Fûts : | 98% fûts de bourbon et 2% fûts de xérès |
| Prix : | 75 à 125$ |
| Coloration : | Sans colorant |
| Filtration : | Non filtré à froid |
Il existe des distilleries que l’on suit presque depuis leurs débuts et que l’on voit progressivement gagner en maturité. Ardnamurchan fait assurément partie de celles-là. Longtemps, les amateurs ont découvert cette jeune distillerie des Highlands à travers des embouteillages sans mention d’âge, souvent marqués par un caractère fruité, une belle texture et cette petite touche fumée devenue l’une de ses signatures. Avec l’arrivée de l’Ardnamurchan AD/10 ans, la distillerie franchit toutefois une nouvelle étape : celle des embouteillages affichant désormais fièrement un âge à deux chiffres.
Pour cette nouvelle édition de Premières impressions, nous avions donc particulièrement hâte de renouer avec Ardnamurchan. Il faut dire que cela faisait quelque temps que les bouteilles de la distillerie avaient quelque peu disparu de notre radar. Nos souvenirs étaient néanmoins généralement très positifs, même si certaines expressions nous avaient davantage convaincus que d’autres.
Un 10 ans, cependant, change quelque peu la donne. Nos attentes étaient plus élevées. Après une décennie passée en fût, pouvions-nous retrouver le caractère typique d’Ardnamurchan tout en gagnant en profondeur, en équilibre et en complexité?
Une jeune distillerie qui arrive à maturité
Fondée en 2013, la distillerie Ardnamurchan est située dans l’une des régions les plus isolées de l’ouest des Highlands écossais. Pour s’y rendre, il faut s’aventurer loin des principaux circuits touristiques du whisky, dans un territoire spectaculaire où les routes se rétrécissent progressivement à mesure que l’on approche de la péninsule d’Ardnamurchan.
Cet isolement a d’ailleurs eu une influence très concrète sur la construction de la distillerie. L’accès étant limité par un petit pont, certains équipements ont dû être adaptés afin de pouvoir être transportés jusqu’au site. Même les dimensions de certaines installations de brassage et de fermentation ont ainsi été pensées en fonction des contraintes géographiques de l’endroit.
En 2024, Ardnamurchan soulignait son dixième anniversaire avec une première édition âgée de 10 ans. L’AD/10 dégusté aujourd’hui appartient toutefois à un lot différent et présente une composition qui revient davantage à la philosophie habituelle de la maison.
L’assemblage est constitué d’environ 52 % de whisky non tourbé et 48 % de whisky tourbé, une répartition très proche du fameux équilibre moitié-moitié souvent privilégié par Ardnamurchan. La maturation repose presque entièrement sur des fûts de bourbon : environ 98 % de l’assemblage provient de whiskys élevés dans ce type de fût, auxquels s’ajoute une faible proportion — environ 2 % — provenant d’un autre type de maturation. Le whisky est embouteillé à 46,8 % d’alcool, sans coloration et sans filtration à froid.
Sur papier, voilà déjà une fiche technique particulièrement séduisante.
Le grain au cœur du whisky
Ardnamurchan accorde également une place importante à la matière première. Une grande partie de l’orge utilisée provient d’une ferme familiale située relativement près de la distillerie. Pour cet embouteillage, les variétés Concerto et Broomhall sont notamment évoquées, Concerto étant une variété d’orge particulièrement répandue dans l’industrie du whisky écossais.
La fermentation mérite elle aussi que l’on s’y attarde. Chez Ardnamurchan, elle peut durer approximativement de 68 à 92 heures, soit une durée qui se situe dans la portion supérieure de ce que l’on rencontre habituellement dans l’industrie. Cette fermentation prolongée contribue à développer davantage de composés aromatiques et aide probablement à expliquer le caractère particulièrement fruité que nous allons découvrir dans le verre.
Et du fruit, il y en aura!
Une robe claire, mais pleine de caractère
Visuellement, l’Ardnamurchan AD/10 présente une teinte assez particulière. Nous sommes devant un jaune profond, légèrement obscur, presque un « blond ténébreux », pour reprendre l’expression utilisée lors de l’émission.
La robe demeure néanmoins très limpide et naturelle. En faisant tourner le whisky dans le verre, les arches apparaissent rapidement et les larmes descendent lentement sur les parois. Cette observation laisse déjà présager une texture assez généreuse.
Et cette impression visuelle ne nous trompera pas.
Dès la première gorgée, nous retrouverons précisément ce caractère huileux et enveloppant annoncé par le verre.
Au nez : une véritable corbeille de fruits
Il suffit d’approcher le verre pour comprendre immédiatement où Ardnamurchan veut nous emmener.
Le fruit domine.
Et pas n’importe quel fruit : des fruits blancs mûrs, presque trop mûrs. La pomme et la poire apparaissent immédiatement. Nous imaginons presque une pomme tellement mûre qu’elle s’écraserait dans la main, ou encore une poire tendre et juteuse arrivée à parfaite maturité.
Quelques agrumes apparaissent ensuite, mais ils jouent ici un rôle secondaire. Contrairement à certains whiskys des Highlands où le citron, l’orange ou le pamplemousse prennent beaucoup de place, l’Ardnamurchan AD/10 demeure avant tout centré sur les fruits blancs.
À cela s’ajoute une sensation de fraîcheur qui rappelle presque certains vins blancs estivaux. Malgré ses 46,8 %, l’alcool demeure remarquablement discret au nez. Il laisse toute la place aux arômes.
Puis arrivent la vanille, le miel et une impression légèrement florale. Le bourbon parle clairement. Et pour ceux qui ont parfois tendance à privilégier les maturations en fûts de xérès, ce whisky constitue un excellent rappel de tout ce qu’un bon fût de bourbon peut apporter : fraîcheur, vanille, miel, fruit et élégance.
Un autre élément se distingue également : la céréale.
Nous retrouvons cette odeur chaude et légèrement humide que l’on peut percevoir en entrant dans certaines salles de fermentation d’une distillerie. Cette impression de céréales chaudes, presque de gruau, donne au whisky une dimension particulièrement authentique et rappelle directement sa matière première.
Et la fumée?
Elle est là… mais il faut presque la chercher.
Il ne s’agit certainement pas d’une tourbe massive à la manière d’un Islay. Nous sommes davantage dans l’impression d’un fruit légèrement fumé, dans une présence très subtile située loin derrière les fruits et les agrumes.
La comparaison avec certains Springbank nous est venue naturellement : une fumée diffuse, discrète, jamais envahissante. Comme si, quelque part au loin, quelqu’un avait éteint un feu quelques minutes auparavant et qu’une légère odeur flottait encore dans l’air.
En bouche : texture, équilibre et raffinement
Dès la première gorgée, une chose frappe : la texture.
L’Ardnamurchan AD/10 est gras, huileux et enveloppant. Le whisky tapisse littéralement la langue et les parois de la bouche. Cette viscosité que nous avions observée visuellement se confirme immédiatement.
Puis le fruit revient en force.
La pomme et la poire demeurent dominantes, accompagnées cette fois d’une douceur plus marquée. Le miel devient davantage perceptible qu’au nez, tandis que la vanille et une légère impression de caramel complètent l’ensemble.
Mais ce qui nous impressionne surtout est l’équilibre général.
Aucun élément ne cherche à prendre le dessus. Le whisky ne joue pas la carte de la puissance ou de l’exubérance. Il préfère le raffinement. Chaque saveur semble trouver naturellement sa place.
Quelques épices apparaissent ensuite, mais encore une fois, nous sommes très loin des épices sombres traditionnellement associées à certains fûts de xérès. Pas de grande cannelle ni de clou de girofle. Nous retrouvons plutôt du gingembre, une légère sensation poivrée et des épices fraîches qui donnent de l’énergie au whisky.
La fumée devient également un peu plus perceptible en bouche. Elle apporte une légère dimension saline et empyreumatique, sans jamais masquer le fruit.
C’est précisément ce qui rend cet Ardnamurchan aussi agréable : il se passe toujours quelque chose.
À mesure que le whisky séjourne en bouche, de nouvelles sensations apparaissent. Le fruit, le miel, la céréale, les épices, la vanille et cette minuscule trace de fumée s’entrecroisent constamment.
Le résultat est complexe sans être compliqué.
Et surtout, cela se boit dangereusement bien.
Une finale qui invite à prendre son temps
La finale se situe quelque part entre moyenne et longue.
Une fois la gorgée avalée, le whisky demeure très présent, non seulement par ses saveurs, mais aussi par sa texture. Une légère sensation d’effervescence semble réveiller les papilles tandis que persistent les fruits et les épices.
Il devient alors intéressant de résister à la tentation de reprendre immédiatement une autre gorgée.
Laisser le whisky travailler permet de découvrir progressivement de nouvelles nuances. La douceur fruitée demeure longtemps, accompagnée d’un très léger assèchement et d’une fine astringence. Le côté gras et généreux persiste également jusque dans les derniers instants.
C’est un whisky qui mérite qu’on lui donne du temps.
Un whisky qui sent le début de l’automne
Certaines bouteilles nous transportent immédiatement dans un décor particulier.
Pour cet Ardnamurchan AD/10, nous avons rapidement imaginé une belle journée de début d’automne : le soleil est encore présent, mais l’air devient plus frais. On s’installe dehors avec une petite veste, peut-être près d’un verger, tandis qu’un léger feu brûle quelque part au loin.
Les pommes et les poires rappellent encore l’été qui vient de s’achever. La fumée discrète annonce déjà les feuilles mortes, les soirées plus fraîches et les premiers feux de saison.
Voilà probablement l’image qui résume le mieux ce whisky : un pied encore dans la fraîcheur fruitée de l’été et l’autre déjà dans les parfums fumés de l’automne.
Une très belle première impression
Avec cet AD/10 ans, Ardnamurchan démontre surtout à quel point la distillerie a évolué depuis ses premiers embouteillages sans mention d’âge.
Le fruit demeure au centre de l’expérience, soutenu par une excellente texture, une maturation en bourbon parfaitement intégrée et une touche fumée suffisamment subtile pour ne jamais prendre le contrôle.
Cette dernière caractéristique pourrait d’ailleurs faire de l’Ardnamurchan AD/10 une excellente introduction aux whiskys légèrement tourbés. Il ne faut surtout pas chercher ici l’intensité médicinale ou maritime d’un grand Islay. La tourbe agit davantage comme un assaisonnement : elle apporte une profondeur supplémentaire sans devenir le sujet principal de la dégustation.
Après cette première rencontre, une chose est certaine : nous allons revenir à cette bouteille.
Parce qu’au-delà de sa fiche technique ou de son âge, cet Ardnamurchan possède cette qualité particulièrement importante dans un whisky : il donne envie de reprendre son verre, de ralentir et de chercher encore une nouvelle saveur.
Un whisky fruité, huileux, frais, légèrement fumé et remarquablement équilibré.
Et surtout, une très belle façon pour Ardnamurchan de nous rappeler que cette jeune distillerie des Highlands est désormais entrée dans une nouvelle phase de son histoire.
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