Information sur la distillerie :
Fiche technique :
| Nom : | Laphroaig Elements 2.0 |
|---|---|
| Spiritieux : | Whisky écossais |
| Type : | Single Malt |
| Pays : | Écosse |
| Région : | Islay |
| Distillerie : | Laphroaig |
| Producteur : | Laphroaig |
| Classification : | Âge indéterminé |
| Degré d'alcool : | 59,6% |
| Tourbé : | Tourbé et fumé |
| Fûts : | Fûts de bourbon |
| Prix : | 225$ à 275$ |
| Coloration : | Sans colorant |
| Filtration : | Non filtré à froid |
L’Elements 2.0 de Laphroaig s’inscrivait depuis un moment dans cette catégorie de bouteilles que l’on espère croiser au détour d’un voyage ou d’une visite en distillerie. Longtemps difficile à trouver, auréolé d’une reconnaissance importante — notamment un titre de Whisky de l’année 2024 décerné par Whisky Advocate — il avait presque pris l’allure d’un mirage. Ironiquement, c’est au Québec qu’il s’est finalement présenté, en disponibilité régulière, mettant fin à une quête commencée bien loin des rives du Saint-Laurent. Cette dégustation n’était donc pas simplement une ouverture de bouteille : c’était l’aboutissement d’une attente nourrie par la curiosité et la réputation.
La série Elements – Une expérimentation au cœur du distillat
La Laphroaig Distillery est historiquement associée à un style puissant et reconnaissable entre tous : fumée médicinale, iode, notes maritimes tranchantes et tourbe affirmée. Avec la série Elements, la distillerie ne cherche pas à revisiter ce style par le biais de la maturation ou d’un assemblage de fûts atypiques. Elle choisit plutôt de revenir à la source, au cœur même du processus de production, et d’intervenir sur l’une des étapes les plus déterminantes : la fermentation.
Dans le cas de l’Elements 2.0, la fermentation est prolongée jusqu’à environ 115 heures, soit plus du double de la durée habituelle chez Laphroaig. Cette extension permet le développement accru de bactéries lactiques, lesquelles produisent de l’acide lactique et favorisent la formation d’esters supplémentaires. Ces composés aromatiques influencent directement la texture et le profil fruité du distillat. À cela s’ajoute une oxydation contrôlée grâce à des cuves de brassage laissées ouvertes, ainsi qu’une production exclusivement hivernale afin de maintenir des conditions thermiques stables. Il ne s’agit donc pas d’un simple embouteillage spécial, mais d’une réflexion approfondie sur la transformation du caractère même du new make spirit.
Fiche technique – Brut de fût et maturité en bourbon
L’Elements 2.0 est embouteillé à 59,6 % d’alcool, à la force du fût, sans filtration à froid. Sa maturation s’effectue exclusivement en fûts ex-bourbon, choix qui oriente clairement l’attention vers le travail du distillat plutôt que vers une influence marquée du bois. L’absence d’une teinte soutenue laisse supposer une intervention minimale en matière de coloration, cohérente avec l’approche technique mise de l’avant. Ce cadre volontairement épuré permet à l’expérimentation sur la fermentation de s’exprimer pleinement, sans distraction superflue.
Analyse visuelle – Une robe étonnamment pâle
Dans le verre, l’Elements 2.0 surprend d’abord par sa robe claire, presque paille, surtout compte tenu de son degré élevé. Cette pâleur témoigne d’un vieillissement discret en fûts de bourbon, sans extraction excessive de composés colorants. Les larmes, épaisses et lentes, forment de véritables colonnes le long des parois du verre, révélant une viscosité importante. L’ensemble suggère déjà une texture généreuse, presque crémeuse, qui contraste avec l’idée que l’on pourrait se faire d’un Laphroaig brut de fût classique.
Le nez – Une signature transformée
Au nez, l’Elements 2.0 déjoue immédiatement les attentes. La fumée est bien présente, mais elle se montre moins médicinale et moins incisive que dans les expressions traditionnelles de la distillerie. Elle apparaît enveloppée, presque adoucie par une dimension fruitée inattendue. Des notes de pomme fraîche, de poire et d’agrumes délicats émergent rapidement, soutenues par une vanille légère issue des fûts de bourbon.
Une composante acidulée, subtilement lactique, apporte une sensation crémeuse évoquant le yogourt nature ou le lait fermenté. Cette note, loin d’être envahissante, contribue à modifier la perception globale du profil aromatique. On reconnaît l’ADN de Laphroaig, mais celui-ci semble habité d’une nouvelle énergie, plus texturée, plus complexe. Le nez devient ainsi le premier indice d’une transformation profonde, née non pas du bois, mais du cœur même du processus de fermentation.
La bouche – Texture et profondeur en mouvement
L’entrée en bouche confirme la singularité de l’expérience. Malgré son taux d’alcool élevé, l’attaque ne se révèle pas agressive. L’alcool est intégré, structurant, mais jamais dominant. Ce qui frappe avant tout, c’est la texture : cireuse, huileuse, presque laiteuse, elle enveloppe le palais avec une ampleur remarquable. La salivation est immédiate, persistante, créant une interaction physique avec le whisky qui dépasse la simple analyse gustative.
Les fruits blancs perçus au nez se retrouvent en bouche, accompagnés d’une fumée plus discrète qu’attendu. L’acidité douce issue de la fermentation prolongée apporte une fraîcheur équilibrante, empêchant le profil de basculer dans la lourdeur. Les saveurs ne se succèdent pas de manière linéaire ; elles se superposent et évoluent en couches successives, donnant au whisky un caractère dynamique et presque insaisissable.
La finale – Une persistance nuancée
La finale prolonge cette impression de complexité mouvante. La fumée revient en arrière-plan, moins médicinale que dans les expressions classiques, tandis que la fraîcheur fruitée demeure perceptible. Les notes lactiques persistent subtilement, soutenues par une texture toujours présente. Ce n’est pas la finale maritime tranchante que l’on associe spontanément à Laphroaig, mais une conclusion plus nuancée, qui s’éloigne progressivement tout en conservant une tension interne. La longueur est notable, et l’impression laissée en bouche invite à la réflexion autant qu’à la redégustation.
Comparaison – Face au Laphroaig 10 ans Cask Strength
Comparé au Laphroaig 10 Year Old Cask Strength, l’Elements 2.0 illustre parfaitement la différence entre amplification et transformation. Le 10 ans Cask Strength pousse à son paroxysme le style traditionnel de la maison : fumée médicinale, iode, intensité directe. L’Elements 2.0, quant à lui, ne cherche pas à intensifier ce profil, mais à le remodeler. Il conserve la trame tourbée, mais l’inscrit dans un registre plus fruité, plus textural, presque expérimental. Là où le 10 ans affirme la continuité, l’Elements 2.0 propose une évolution.
Verdict – Une expérimentation pleinement assumée
Le Laphroaig Elements 2.0 s’impose comme une démonstration convaincante de ce que peut accomplir une distillerie lorsqu’elle choisit d’intervenir en amont du vieillissement plutôt que de miser uniquement sur le type de fût. En allongeant considérablement la fermentation et en favorisant une approche plus expérimentale du brassage, Laphroaig ne s’est pas contentée de modifier légèrement son profil aromatique : elle a redéfini l’expression même de son distillat. On retrouve certes des repères familiers — une fumée identifiable, une tension saline en filigrane — mais ceux-ci sont enveloppés dans une texture inhabituelle et portés par une dimension fruitée et lactique rarement observée dans les embouteillages traditionnels de la maison. Pour les amateurs fidèles de la distillerie, l’Elements 2.0 représente une occasion unique de redécouvrir un ADN connu sous un angle inattendu. Pour les passionnés de procédés et d’innovation, il constitue un exemple particulièrement réussi d’expérimentation maîtrisée. Une première impression marquante, complexe et profondément mémorable.