Faut-il nécessairement dépenser une petite fortune pour boire un excellent whisky écossais? Heureusement, non. Pour cette nouvelle émission de Whisky et Cie, nous inaugurons une série consacrée au plaisir sous toutes ses formes. Et nous commençons avec la catégorie la plus accessible : Les Petits Plaisirs, soit des bouteilles offertes à 125 $ et moins, capables d’en donner beaucoup pour leur prix.
L’idée est simple : proposer des whiskys abordables, relativement faciles à trouver et suffisamment intéressants pour commencer une collection, organiser une soirée de dégustation entre amis ou simplement profiter d’un bon dram sans trop faire souffrir le portefeuille. Le choix n’a d’ailleurs pas été facile. À nous deux, nous avions réuni près d’une quarantaine de candidats avant de retenir nos dix favoris. Notre classement n’a donc rien de scientifique : il reflète avant tout nos goûts, nos expériences et les bouteilles vers lesquelles nous revenons avec plaisir.
Voici donc, sans ordre véritablement hiérarchique, nos dix Petits Plaisirs écossais à moins de 125 $.
Kilchoman Sanaig
Impossible pour Didier de commencer cette sélection autrement qu’avec le Kilchoman Sanaig. La distillerie d’Islay occupe une place toute particulière parmi ses préférées et le Sanaig représente parfaitement ce qu’il aime chez Kilchoman.
Ce single malt sans mention d’âge mise principalement sur des fûts de xérès, complétés par des fûts de bourbon. Le résultat est un whisky particulièrement gourmand où la fumée typique d’Islay rencontre une belle richesse fruitée. On retrouve des notes de fruits noirs, de raisins secs et de dattes, accompagnées d’épices et d’une fumée douce, presque enveloppante.
Sa texture huileuse et généreuse contribue beaucoup au plaisir. Malgré son caractère tourbé, il ne tombe jamais dans l’excès : le maritime, le boisé, le sucré et la fumée travaillent ensemble. La finale est persistante et laisse longtemps cette impression saline et fumée caractéristique d’Islay.
Pour découvrir Kilchoman ou pour ajouter un excellent whisky tourbé à sa collection, le Sanaig demeure une valeur sûre.
Bunnahabhain 12 ans
Pour Camille, le Bunnahabhain 12 ans possède une valeur sentimentale particulière : c’est l’un des premiers whiskys que Didier lui a fait découvrir et celui qui lui a véritablement donné le goût d’explorer cet univers.
Bunnahabhain se distingue sur Islay par son approche largement non tourbée, ce qui le place un peu à contre-courant de plusieurs distilleries de l’île. Le 12 ans offre un profil généreux autour des fruits, du caramel, du chocolat et des épices, auquel s’ajoute une agréable touche saline.
Sa texture est ronde, sa douceur bien maîtrisée et son caractère maritime suffisamment présent pour rappeler ses origines. La finale, longue et chaleureuse, complète un whisky remarquablement équilibré.
C’est une excellente porte d’entrée dans l’univers de Bunnahabhain, mais aussi une bouteille particulièrement intéressante pour ceux qui souhaitent découvrir un autre visage d’Islay, loin des grandes explosions de tourbe.
Talisker 10 ans
Autre bouteille chargée de souvenirs, le Talisker 10 ans représente pour Didier son premier véritable coup de cœur dans l’univers du whisky.
Produit sur l’île de Skye, le Talisker 10 ans possède une personnalité immédiatement reconnaissable. Son caractère maritime intense s’accompagne d’un côté poivré très marqué, d’une fumée délicate et d’une belle douceur fruitée.
C’est précisément ce jeu de contrastes qui le rend si intéressant : sel et poivre, fumée et fruits, puissance et raffinement. À chaque gorgée, on retrouve quelque chose de la rudesse des paysages de Skye, sans jamais perdre cette élégance qui fait du Talisker 10 ans un classique.
La finale est longue, chaleureuse et épicée. Voilà un whisky qui démontre parfaitement qu’une bouteille accessible peut offrir une véritable complexité.
Arran Amarone Cask Finish
Avec l’Arran Amarone Cask Finish, on change complètement de registre. Ici, c’est la gourmandise et l’influence du vin qui prennent les devants.
L’affinage en fûts d’Amarone, célèbre vin italien, transforme le profil du whisky et lui apporte une richesse immédiatement perceptible. Dès le premier regard, sa couleur attire l’attention. Puis viennent les fruits rouges, les cerises noires, le miel, les raisins et les épices douces.
Le vin apporte rondeur et souplesse, mais surtout un caractère vineux particulièrement séduisant. C’est d’ailleurs une bouteille très intéressante à présenter lors d’une dégustation, puisqu’elle permet de constater à quel point le choix d’un fût de finition peut transformer un single malt.
Sa finale demeure longue, légèrement tannique et sucrée. Pour Camille, c’est un véritable coup de cœur et un excellent exemple du savoir-faire d’Arran.
Kilkerran 12 ans
Il fallait absolument faire un détour par Campbeltown. Ancienne capitale du whisky écossais, cette petite région connaît aujourd’hui un véritable renouveau.
Notre choix s’est arrêté sur le Kilkerran 12 ans, notamment parce qu’il offre une excellente représentation du style traditionnel de Campbeltown tout en étant généralement plus accessible que certaines bouteilles de Springbank.
Le Kilkerran 12 ans possède quelque chose de profondément rustique, artisanal et agricole. On retrouve des fruits, une fumée subtile, une touche saline et une dimension légèrement épicée. Sa texture est huileuse, lourde et généreuse.
C’est un whisky qui semble raconter l’histoire de Campbeltown à chaque gorgée. Il ne cherche pas nécessairement à être poli ou moderne : il assume plutôt son caractère traditionnel. Pour commencer une collection et posséder un bon représentant de Campbeltown, difficile de se tromper.
Benriach The Twelve
Avec le Benriach The Twelve, c’est le travail sur les différents types de fûts qui retient particulièrement notre attention.
Ce 12 ans combine des maturations en fûts de bourbon, de xérès et de porto. Trois influences différentes qui permettent de construire un whisky riche et harmonieux, où l’on retrouve notamment des fruits, des noix, du chocolat, des épices ainsi qu’une belle dimension boisée et sucrée.
Les fûts de porto apportent également un caractère de fruits rouges particulièrement agréable. Le résultat reste accessible malgré la complexité de l’assemblage.
Benriach est une distillerie qui mérite d’être davantage connue, notamment pour son approche de la maturation et des assemblages de fûts. Pour quelqu’un qui commence à s’intéresser sérieusement au whisky, The Twelve représente une formidable bouteille pour apprendre à reconnaître la contribution de différents types de bois.
Ledaig 10 ans
Nous le répétons régulièrement : le Ledaig 10 ans demeure pour nous l’un des meilleurs rapports qualité-prix sur le marché.
Produit par la distillerie Tobermory, sur l’île de Mull, Ledaig représente son expression tourbée. La fumée est bien présente, robuste et intense, mais jamais agressante. Elle est équilibrée par une douceur maltée et fruitée qui rend le whisky étonnamment facile à apprécier.
On y découvre également un caractère maritime, légèrement salin et épicé, avec parfois une petite dimension médicinale. Tout semble partir dans plusieurs directions, mais finit par former un ensemble cohérent.
La texture remplit véritablement la bouche et donne au Ledaig 10 ans une générosité que l’on ne retrouve pas toujours à ce niveau de prix. Une bouteille que nous recommandons depuis longtemps et qui devait absolument apparaître dans ce top 10.
Glenmorangie Quinta Ruban
Difficile de cacher notre faible pour le Glenmorangie Quinta Ruban.
Cette expression des Highlands bénéficie d’un passage en fûts de porto Ruby, qui apporte une dimension supplémentaire au profil habituellement fruité et élégant de Glenmorangie.
On y retrouve du chocolat, des fruits rouges compotés, des notes plus tropicales et une belle gourmandise, accompagnés d’une finesse florale. Le porto apporte de la profondeur sans complètement masquer le caractère de la distillerie.
C’est précisément ce qui rend le Quinta Ruban aussi intéressant : on reconnaît toujours la douceur et le fruité de Glenmorangie, mais l’apport du porto fait passer l’ensemble à un niveau supérieur.
Une excellente bouteille pour ceux qui aiment les whiskys riches, fruités et légèrement vineux.
Port Charlotte 10 ans
Le Port Charlotte 10 ans représente probablement l’un des choix les plus audacieux de notre sélection.
Embouteillé à 50 % d’alcool et affichant un caractère fortement tourbé, il peut sembler plus difficile d’approche pour le néophyte. Pourtant, derrière cette puissance se cache un whisky d’une remarquable complexité.
La fumée de feu de camp est importante, tout comme le caractère maritime. Mais l’ensemble est accompagné de notes plus douces, notamment vanillées et fruitées, grâce à l’utilisation de fûts de bourbon et de vins français.
Sa texture huileuse et généreuse donne presque l’impression d’un sirop en bouche. C’est un whisky puissant, bien portant, que l’on imagine facilement déguster lors d’une froide soirée d’hiver.
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans l’univers de la tourbe, Port Charlotte constitue un monde à explorer à lui seul.
Laphroaig Sherry Oak Finish
Nous terminons notre top 10 avec une bouteille qui possède pour nous une forte charge affective : le Laphroaig Sherry Oak Finish, un whisky qui nous a notamment accompagnés lors de notre voyage en Écosse.
L’idée d’associer le caractère très typé de Laphroaig à une importante influence de xérès peut sembler surprenante. Pourtant, le mariage fonctionne admirablement.
Le xérès apporte des fruits secs, du caramel, des épices et une belle douceur, tout en atténuant quelque peu l’aspect médicinal et maritime sans jamais l’effacer complètement. On reconnaît toujours Laphroaig, mais sous une forme plus fruitée, plus ronde et particulièrement gourmande.
Puissant et doux à la fois, le Sherry Oak Finish est aussi devenu pour nous un remarquable whisky d’accompagnement avec des fromages puissants. Notre expérience avec un Stilton demeure particulièrement mémorable : l’association entre le caractère salé du fromage et la richesse du whisky donnait presque l’impression de transformer le tout en dessert.
Se faire plaisir sans se ruiner
Cette sélection démontre surtout une chose : il existe encore d’excellents whiskys écossais à prix raisonnable. Islay, Skye, Mull, Arran, Campbeltown ou les Highlands offrent des profils extrêmement différents sans nécessairement dépasser la barre des 125 $.
Tourbés ou non tourbés, maritimes, fruités, gourmands, affinés en fûts de porto, de xérès ou d’Amarone, nos dix choix permettent déjà de parcourir une bonne partie de l’univers du whisky écossais.
Ils constituent autant d’excellentes options pour commencer une collection personnelle, organiser une dégustation entre amis ou simplement se verser un bon dram en fin de journée. C’est précisément l’esprit de nos « Petits Plaisirs » : des bouteilles qui ne coûtent pas une fortune, mais qui procurent énormément de plaisir.
Et évidemment, un top 10 demeure un exercice très personnel. Nous aurions facilement pu en retenir vingt, trente ou même quarante. À votre tour maintenant : quels sont vos meilleurs whiskys écossais à moins de 125 $?